Manifestations pour la justice raciale suite à la mort de George Floyd lors d'un violent affrontement avec la police dans le Minnesota. Centre de Washington, DC, États-Unis, 3 juin 2020. © Amnesty International (Photo: Alli Jarrar)

Égypte. Il faut mettre fin aux placements en détention et expulsions déplorables de réfugiés venus de Syrie

•    L’Égypte maintient illégalement en détention des centaines de réfugiés syriens et palestiniens
•    Des enfants, dont certains n’ont pas plus d’un an, sont incarcérés depuis des semaines

•    Des centaines de personnes ont été expulsées de force vers des pays de la région, notamment la Syrie

•    Des familles sont séparées par les expulsions forcées


Les autorités égyptiennes doivent renoncer à leur politique affligeante consistant à placer illégalement en détention et expulser de force des centaines de réfugiés ayant fui le conflit armée en Syrie, a déclaré Amnesty International.

Après que des réfugiés et demandeurs d’asile aient trouvé la mort en traversant la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord ces dernières semaines, un petit rapport diffusé par Amnesty International jeudi 17 octobre, intitulé ‘We cannot live here any more’: Refugees from Syria in Egypt, met en lumière les conséquences tragiques de la position intransigeante adoptée par l’Égypte vis-à-vis des réfugiés syriens. De plus en plus de réfugiés risquent leur vie pour effectuer le périple semé d’embuches les menant à l’Europe par la mer – versant souvent à des passeurs des sommes pouvant atteindre 2 500 euros chacun pour faire ce trajet.

« Les autorités égyptiennes sont tenues de fournir une protection à quiconque a fui le conflit syrien et cherche à se mettre en sécurité dans leur pays. À l’heure actuelle, l’Égypte échoue misérablement sur ce plan, manquant à l’obligation qui lui est faite en vertu du droit international de protéger les réfugiés, notamment les plus vulnérables », a déclaré Sherif Elsayed Ali, responsable du programme Droits des réfugiés et des migrants à Amnesty International.

« Au lieu d’offrir aux réfugiés syriens l’aide et le soutien dont ils ont désespérément besoin, les autorités égyptiennes les arrêtent et les expulsent, bafouant ainsi les normes relatives aux droits humains. La plupart des réfugiés ont perdu leur logement et leurs moyens de subsistance lorsqu’ils ont quitté la Syrie. En s’abstenant de les aider et de les protéger, l’Égypte ternit sa réputation et pourrait gravement écorner son image d’acteur de poids dans la région. »

Des centaines de réfugiés ayant fui la Syrie, notamment des dizaines de mineurs, beaucoup d’entre eux sans leurs parents, risquent d’être maintenus en détention dans de mauvaises conditions ou d’être expulsés – ce qui dans certains cas séparera les membres d’une même famille. Amnesty International a trouvé des jumeaux âgés d’un an parmi les réfugiés placés en détention pour une durée indéterminée.

Plusieurs réfugiés ont dit à l’organisation qu’ils s’étaient sentis obligés de quitter l’Égypte en raison de l’hostilité à laquelle ils avaient été confrontés dans le pays.

La marine égyptienne a intercepté environ 13 bateaux transportant des réfugiés en provenance de Syrie qui essayaient d’atteindre l’Europe. Selon les chiffres les plus récents publiés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 946 personnes ont été arrêtées par les autorités égyptiennes au cours de la traversée et 724 – femmes, hommes et enfants – se trouvent toujours en détention.

Dans la plupart des cas, une fois appréhendées, ces personnes sont maintenues en détention sur ordre de l’Agence de sécurité nationale, même après que le parquet ait ordonné leur libération.

Dans un cas, un garçon de neuf ans originaire d’Alep a été arrêté sur un bateau avec un ami de sa famille. Il a été incarcéré et privé de contacts avec sa mère pendant quatre jours.

Durant la semaine du 7 octobre, 12 personnes sont mortes noyées lorsqu’un bateau transportant des réfugiés venus de Syrie s’est échoué au large d’Alexandrie. Au tout début du mois d’octobre, plus de 300 personnes, dont plusieurs Syriens, ont péri quand leur bateau a chaviré tandis qu’il essayait de rejoindre l’île italienne de Lampedusa.

Une femme dont l’époux a été arrêté en essayant de rejoindre l’Italie a déclaré à Amnesty International :

« L’espoir nous quitte à mesure que les jours passent […] Tout ce que je veux c’est qu’on me rende mon mari. Nous voulons nous installer dans un pays où nous pourrons être en sécurité, n’importe lequel […] [ou une] solution pour quitter l’Égypte afin que nous n’ayons pas à passer par la mer. Nous ne pouvons plus vivre ici. »

Lors d’une visite dans un poste de police d’Alexandrie la semaine dernière, Amnesty International a découvert une quarantaine de réfugiés syriens maintenus illégalement en détention pour une durée indéterminée, parmi lesquels figuraient 10 mineurs. Les plus jeunes étaient des jumeaux âgés d’un an qui se trouvaient là depuis le 17 septembre.

Des avocats ont dit à Amnesty International qu’on les avait empêchés de représenter les réfugiés détenus dans les postes de police égyptiens de la côte méditerranéenne. Le HCR ne peut se rendre auprès des réfugiés se trouvant en détention.

Les réfugiés arrêtés doivent choisir entre accepter d’être expulsés ou connaître une détention prolongée et illégale. Des dizaines de familles ont ainsi été séparées de force. Des avocats ont déclaré à Amnesty International que dans au moins deux cas des réfugiés ont fait l’objet d’une expulsion collective vers Damas, en Syrie.

« Renvoyer des réfugiés dans une zone où se joue un conflit sanglant est une grave violation du droit international. Il va de soi que les réfugiés ayant fui risquent d’être victimes d’atteintes aux droits fondamentaux », a déploré Sherif Elsayed Ali.

Tout récemment, un groupe de 36 réfugiés en provenance de Syrie (des Palestiniens pour la plupart) ont été expulsés vers Damas le 4 octobre. Un grand nombre d’entre eux seraient incarcérés à la Section Palestine du Service de renseignement militaire à Damas.

Des réfugiés syriens et palestiniens ont été accusés d’avoir soutenu les Frères musulmans et d’avoir été complices de violences politiques en Égypte après que le président Morsi ait été chassé du pouvoir le 3 juillet. Ils sont victimes de préjugés profondément ancrés et ont fait l’objet d’attaques xénophobes dans les médias.

Ces derniers mois, les autorités égyptiennes ont par ailleurs imposé de nouvelles restrictions aux ressortissants syriens se rendant en Égypte, les obligeant à obtenir un visa et à se soumettre à des contrôles de sécurité avant d’arriver. Amnesty International demande aux pays de la région d’ouvrir leurs frontières à ceux qui fuient le conflit, et à la communauté internationale de proposer davantage de solutions de réinstallation hors de la région aux réfugiés vulnérables.

« Introduire des restrictions qui dans la pratique ferment les frontières aux réfugiés fuyant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en Syrie envoie un message totalement indéfendable. L’Égypte doit aider les Syriens à se relever, et non pas leur mettre constamment des bâtons dans les roues », a conclu Sherif Elsayed Ali.