Jimmy Lam @everydayaphoto

AI-LUXEMBOURG NEWS: PRINTEMPS 2021

Chères et chers membres, donateurs·trices et sympathisant·e·s, Alors que j’écris ces lignes, nous préparons la publication du rapport global d’Amnesty sur la situation des droits humains dans le monde en 2020.

2020 restera dans les livres d’histoire comme l’année COVID et les stratégies mises en place pour lui faire face ont toujours un impact colossal sur l’exercice des droits humains pour tou·te·s, au-delà de ce que nous observons dans nos vies quotidiennes. Qu’il s’agisse de la pauvreté et des pénuries alimentaires, de l’accès à la santé, des protections du travail, de la violence domestique ou encore de la liberté d’expression, le COVID a joué un rôle partout. De plus, en s’arrogeant le quasi-monopole de l’approvisionnement en vaccins dans le monde, les pays les plus riches laissent les pays disposant des ressources les plus faibles subir les pires conséquences en matière de santé et de droits humains et, avec eux, les bouleversements économiques et sociaux les plus durables.

Au-delà des conséquences de la pandémie sur les droits humains, 2020 a été aussi une année terrible en raison des attaques toujours plus nombreuses et d’une ampleur sans précédent contre celles et ceux qui revendiquent des droits fondamentaux et critiquent ouvertement les abus de pouvoir. Et Amnesty International n’est pas épargnée, voyant ses employé·e·s, militant·e·s et structures directement pris·es pour cible.

Heureusement, des victoires en faveur des droits humains arrivent également, comme celles que vous lirez ici. Mais malgré tous les succès que nous avons remportés au cours des 60 années qui ont suivi la création de notre organisation mondiale, la défense des droits humains est plus importante que jamais. Merci d’être à nos côtés dans ce combat !

Olivier PIROT
Directeur d’Amnesty International Luxembourg

LA SITUATION DES DROITS HUMAINS DANS LE MONDE

Le rapport 2020/21 d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde couvre 149 pays et présente une analyse détaillée des grandes tendances en matière de droits humains observées à travers le monde en 2020.

La pandémie de COVID-19, ainsi que certaines des mesures prises pour lutter contre elle, ont eu un effet dévastateur pour des millions de personnes. Elle a aussi révélé, et parfois aggravé, des abus et des inégalités enracinés dans nos sociétés, qui étaient parfois le fruit de discriminations fondées, entre autres, sur l’origine ethnique ou le genre et qui, en se cumulant bien souvent, rendaient certaines populations particulièrement vulnérables. Ces abus et ces inégalités ont été dénoncés et vigoureusement combattus par des mouvements citoyens tels que Black Lives Matter et certaines campagnes en faveur des droits des femmes, dont la résilience a permis un certain nombre de victoires remportées de haute lutte.

La pandémie a brutalement mis en évidence les conséquences sur les droits humains d’années de crises politiques et financières et les carences des systèmes mondiaux de gouvernance et de coopération, que certains États ont accentuées en se dérobant devant leurs responsabilités ou en s’en prenant à des institutions multilatérales. Cette tendance lourde est particulièrement sensible dans trois domaines : les atteintes aux droits à la vie, à la santé et à la protection sociale ; les violences liées au genre et les menaces pesant sur les droits sexuels et reproductifs ; et la répression de la dissidence.

Parallèlement à cela, les forces gouvernementales et les groupes armés engagés dans des conflits, aussi bien anciens que nouveaux, se sont livrés à des attaques aveugles et ciblées contre des civil·e·s, faisant ainsi des milliers de morts et provoquant des déplacements de population massifs et des crises humanitaires. Malgré quelques cas notables de condamnations pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’impunité est restée la norme, en temps de guerre comme en temps de paix, et, dans certains pays, l’état de droit s’est affaibli. Des millions d’êtres humains ont en outre été victimes de catastrophes exacerbées par la crise climatique.

Pour résumer, le monde semble plongé dans un profond désarroi. Les dirigeants et dirigeantes de la planète ont cependant la possibilité, en adoptant des mesures visant à surmonter la pandémie et les autres crises mettant en jeu les droits humains, de faire renaître une véritable coopération internationale et de façonner un avenir plus juste.

CRI D’ALERTE : AMNESTY INTERNATIONAL EST ATTAQUÉE

Dans le monde entier, les autorités utilisent les mêmes méthodes répressives pour faire taire les critiques, prenant notamment pour cibles les défenseur·e·s des droits humains et les ONG, dont Amnesty International. Les personnes qui continuent à défendre les droits humains sont confrontées à toute une série de tactiques et de mesures de rétorsion, allant du harcèlement et de la surveillance illégale à l’arrestation arbitraire, l’emprisonnement, la torture et parfois même la mort. Ces dernières années, Amnesty International elle-même a dû faire face à une vague d’attaques contre ses bureaux qui illustre l’audace croissante des gouvernements hostiles aux droits humains. Voici cinq tactiques qui ont été utilisées contre nos collègues et militant·e·s – et d’autres organisations de la société civile – au cours des dernières années.

1. Le gel des finances

Le gouvernement indien a gelé les comptes bancaires d’Amnesty International Inde en septembre 2020. La section a été contrainte de licencier son personnel et d’interrompre tous ses travaux de campagne et de recherche en cours. Ce gel a fait suite à un harcèlement quasi permanent, notamment à une série de raids menés par des agences gouvernementales, ceci pour avoir simplement exigé que la police de Delhi et le gouvernement indien rendent des comptes sur les graves violations des droits humains commises lors de manifestations pacifiques dans la capitale.

2. La calomnie

En Hongrie, où les organisations qui défendent les droits des réfugié·e·s sont criminalisées par un ensemble de lois communément appelé « Stop Soros », Amnesty a fait l’objet d’une campagne de diffamation incessante. En 2018, les noms de dizaines de personnes travaillant pour différentes ONG, dont Amnesty Hongrie, ont été répertoriés en tant que « Mercenaires de Soros » dans un hebdomadaire pro-gouvernemental. Quelques mois plus tard, des représentant·e·s de l’organisation pour la jeunesse affiliée au parti au pouvoir Fidesz ont apposé des autocollants portant la mention « organisations de soutien à l’immigration » aux sièges d’Amnesty et d’autres ONG en déclarant que ces organisations portaient atteinte aux intérêts nationaux et soutenaient les terroristes. Nos collègues ont ensuite reçu des menaces de mort.

3. La menace

En novembre 2020, à la suite d’une publication d’Amnesty International Nigeria sur les tentatives des autorités de dissimuler le massacre du péage de Lekki, la section a reçu des menaces directes et subi un harcèlement de la part de personnes semblant être associées à des responsables gouvernementaux. Le 4 novembre 2020, celles-ci ont lancé un ultimatum à Amnesty International, lui enjoignant de quitter le pays dans les sept jours. Le porte-parole du groupe a également menacé de violences nos employé·e·s et militant·e·s. Il ne s’agit là que d’un des nombreux groupes qui organisent des manifestations devant les bureaux d’Amnesty et diffusent de fausses informations sur notre travail dans le but de nuire à notre réputation et d’intimider notre personnel.

4. La violence

En 2015, Carlos Lusverti, ancien président d’Amnesty International Venezuela et l’un de ses plus éminents porte-parole, a reçu une balle dans l’abdomen tirée à bout portant par un homme en civil non identifié, à 100 mètres des bureaux d’Amnesty.
Une semaine plus tôt, Carlos avait été désigné comme membre d’Amnesty International et conspirateur à la télévision par l’un des plus importants dirigeants du gouvernement vénézuélien, dont le programme télévisé est fréquemment utilisé pour communiquer des positions officielles et donner des ordres aux militant·e·s et aux groupes armés. C’était la deuxième fois en 15 mois que des inconnus tiraient sur Carlos Lusverti sans motivation claire.

5. L’obstruction au travail

Laith Abu Zeyad, responsable palestinien de campagnes d’Amnesty International sur Israël et les territoires palestiniens occupés (TPO) vivant lui-même en Cisjordanie occupée, est soumis à une interdiction arbitraire de voyager par les autorités israéliennes depuis octobre 2019 pour « raisons de sécurité », sans autre précision. Cette interdiction est directement liée à son travail en faveur des droits humains et l’a empêché d’assister à des événements importants à l’étranger.
Ces dernières années, les autorités israéliennes ont considérablement intensifié leur harcèlement et leur intimidation des organisations de la société civile en Israël et dans les TPO. Les ONG sont confrontées à des attaques continues, à la faveur d’une législation restrictive et de politiques gouvernementales associées à des campagnes de diffamation visant à discréditer leur travail.

Amnesty International n’est pas un cas isolé

Amnesty International est l’une des organisations de défense des droits humains les plus importantes et les plus visibles à travers le monde. Si les gouvernements et les personnes au pouvoir se sentent suffisamment en confiance pour nous attaquer, d’autres ONG et défenseur·e·s des droits humains moins visibles sont encore plus en danger.

C’est pourquoi Amnesty International a lancé son premier appel mondial d’urgence afin de collecter des fonds. Avec l’argent recueilli, nous aiderons les défenseur·e·s des droits humains à poursuivre leur travail sans crainte de représailles, notamment en soutenant leurs campagnes, en leur apportant une aide juridique et médicale et en prenant en charge les frais de réinstallation d’urgence.

PÉTITION : PROTÉGER LE TRAVAIL POUR LES DROITS HUMAINS EN INDE

La section indienne d’Amnesty International ne peut plus effectuer son travail depuis le 30 septembre 2020, date à laquelle le gouvernement a gelé ses comptes. L’organisation s’est vue contrainte de suspendre ses activités et de licencier nos collègues. Aidez-nous à continuer d’assurer la protection des droits humains en Inde. Signez la pétition adressée au Premier ministre indien Narendra Modi !
Nous appelons le gouvernement indien à mettre un terme à la répression contre la société civile et à libérer les comptes d’Amnesty International Inde pour lui permettre de poursuivre son travail.

LES VICTOIRES POUR LES DROITS HUMAINS

ARABIE SAOUDITE : LIBÉRATION DE LOUJAIN AL HATHLOUL

Le 10 février, la militante saoudienne Loujain al Hathloul a obtenu une libération conditionnelle. Elle avait été condamnée en décembre 2020 à une peine d’emprisonnement de cinq ans et huit mois, à l’issue d’un procès profondément inéquitable. Amnesty International appelle les autorités à veiller à ce que sa condamnation soit annulée et à enquêter efficacement sur ses allégations de torture en détention.

PAKISTAN : PRÉCÉDENT HISTORIQUE

La Cour suprême du Pakistan a commué les condamnations à mort d’Imdad Ali et de Kanizan Bibi, avec pour effet d’interdire l’application de la peine de mort aux personnes souffrant de déficiences mentales. Cet arrêt historique interdit dorénavant l’exécution de toutes les personnes en situation de handicap mental, dont beaucoup n’ont pas encore été diagnostiquées. Mais à la fin, c’est la peine de mort elle même qui doit être abolie et Amnesty International appelle le Pakistan à rétablir un moratoire officiel sur toutes les exécutions.

ARGENTINE : LÉGALISATION DE L’AVORTEMENT

Nous saluons l’adoption historique de la loi autorisant l’avortement jusqu’à la 14e semaine de grossesse en Argentine. C’est une immense victoire pour les milliers de gens qui, depuis des années, se battent pour obtenir ce droit fondamental. Dorénavant, les personnes décidant de mettre un terme à leur grossesse auront accès à un service médical sûr et de qualité. Jusqu’ici, l’avortement n’était permis qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.

POLOGNE : VICTOIRE POUR LES MILITANTES LGBTIQ

Trois militantes des droits humains en Pologne, Elżbieta, Anna et Joanna, ont été relaxées. Elles encouraient jusqu’à deux ans de prison pour « offense à des croyances religieuses » parce qu’elles avaient distribué des affiches représentant la Vierge Marie avec une auréole aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, intersexes et queer (LGBTIQ). Les poursuites absurdes et infondées qui ont été engagées contre ces militantes illustrent bien le schéma de harcèlement et d’intimidation des militant·e·s des droits humains en Pologne. Quelque 160000 personnes ont participé à la campagne d’Amnesty International appelant le procureur général polonais à abandonner les poursuites infondées.

24 AVRIL : ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

L’assemblée générale annuelle (AG) est l’occasion pour les membres d’exprimer leurs opinions, mais aussi et surtout de voter formellement et de faire entendre leur voix. C’est donc le moment le plus important de l’année pour la vie démocratique de notre section. C’est aussi lors de cette réunion que sont élus les futurs membres du conseil d’administration, organe bénévole mandaté par l’AG pour assurer la mise en œuvre effective du mandat de l’association et la représenter. Cette année, l’AG se déroulera entièrement en ligne le samedi 24 avril 2021 de 14h à 18h. Les membres ont reçu une invitation formelle fin mars avec les données d’accès à l’espace membre sur notre site internet qui contient tous les documents pertinents à la préparation de l’AG. N’hésitez pas à vous adresser à ag@amnesty.lu afin d’obtenir plus d’informations.

NOUVELLE SECRETAIRE GÉNÉRALE

Depuis le 29 mars 2021, l’experte en droits humains Dr Agnès Callamard est la nouvelle secrétaire générale d’Amnesty International. Forte d’une prestigieuse carrière internationale dans les droits humains et l’humanitaire qui l’a amenée à travailler pour différentes ONG et dans le domaine scientifique, la Française était jusqu’à récemment rapporteure spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires. Elle a déjà travaillé pour Amnesty International entre 1995 et 2001 et a dirigé des enquêtes sur les droits humains dans plus de 30 pays. En tant que secrétaire générale, Dr Callamard dirigera le secrétariat international et sera la principale porte-parole du mouvement mondial d’Amnesty.

Agnès Callamard, the U.N. special rapporteur on extrajudicial executions poses after a session of the Human Rights Council at the United Nations in Geneva, Switzerland, March 7, 2019. REUTERS/Denis Balibouse

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