Amnesty International a rassemblé des informations sur l’impact dévastateur des attaques systématiques de la Russie contre le système énergétique ukrainien, grâce à une nouvelle série de témoignages de personnes qui survivent sans chauffage, ni électricité, ni eau courante par un hiver glacial.
En s’appuyant sur les témoignages de dizaines de personnes à travers le pays, l’enquête de l’organisation révèle les difficiles conditions dans lesquelles vivent les civil·e·s en Ukraine à la suite des attaques russes massives et incessantes qui ont entraîné des perturbations durables et de grande ampleur concernant des services essentiels. Au moment des entretiens, nombre de personnes interrogées par Amnesty International survivaient depuis plusieurs semaines avec des coupures de courant très fréquentes ou pas d’électricité du tout et sans chauffage, alors que le pays connaît son hiver le plus froid depuis le début de l’invasion à grande échelle par la Russie.
« La Russie ne se contente pas de mener une guerre d’agression contre l’Ukraine, elle soumet aussi l’ensemble de la population civile à une campagne d’une extrême cruauté. L’ampleur et l’intensité de ses attaques contre des infrastructures énergétiques cruciales montre clairement une volonté de semer le désespoir et de casser le moral de la population, a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
« Les gros titres ne peuvent pas rendre bien compte de ce que signifie survivre sans électricité, chauffage et eau courante pendant un long hiver glacial ponctué par les frappes aériennes nocturnes. Aujourd’hui, pendant que nous rapportons ces témoignages, les attaques incessantes de la Russie se poursuivent et la situation humanitaire en Ukraine est de plus en plus catastrophique.
« Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, la Russie méprise de façon flagrante le droit international, y compris les règles visant à protéger les civil·e·s en temps de guerre. Les responsables d’atrocités doivent savoir que ces crimes sont imprescriptibles. Des personnes en Ukraine et dans le reste du monde tenteront sans relâche d’obtenir justice, vérité et réparation, et nous les soutiendrons. »
Depuis octobre 2025, la Russie a procédé à plusieurs centaines de frappes aériennes à longue distance de grande intensité contre l’Ukraine. En janvier, celles-ci ont visé quotidiennement – et souvent de nuit – l’ensemble des infrastructures énergétiques. L’Ukraine a alors perdu plus de la moitié de sa capacité de production d’énergie et 80 % du pays a été touché par des coupures de courant. Cette situation s’inscrit dans un contexte hivernal où les températures sont descendues en dessous de -15 °C.
Les personnes avec qui Amnesty International s’est entretenue et les membres du personnel de l’organisation qui sont en Ukraine ont fait état d’immeubles gelés, de canalisations ayant éclaté à cause du gel, d’ascenseurs en panne, de téléphones portables déchargés et de réseaux téléphoniques perturbés. Comme l’a dit l’une de ces personnes : « À ce stade, nous sommes en mode survie. »
De nombreux habitant·e·s se servent de réchauds ou de poêles au kérosène pour faire chauffer des briques et des bouteilles d’eau. Certains doivent recourir à de dangereuses techniques de survie, comme installer des tentes dans leur chambre et s’éclairer avec des bougies à l’intérieur pour lutter contre le froid.
Svitlana, une retraitée vivant à Kiev, a raconté son expérience pendant les coupures de courant : « Je fais chauffer de l’eau dans une tasse sur un poêle au kérosène, je remplis deux bouteilles, l’une que je place sous mes pieds et l’autre dans mes mains, pour ne pas être gelée. Et nous dormons tous habillés, sous des couettes. Tout ce que nous avons, nous le portons pour dormir. »
Beaucoup de personnes, notamment âgées ou en situation de handicap, qui sont isolées et bloquées dans leur appartement sans moyens de communication vivent probablement dans des conditions encore bien plus mauvaises que celles décrites dans cette enquête et ne seront peut-être plus là après cet hiver pour raconter leur histoire.
Depuis le début de l’invasion à grande échelle par la Russie le 24 février 2022, Amnesty International a constaté des violations généralisées du droit international humanitaire et relatif aux droits humains en Ukraine, notamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Cette invasion constitue elle-même une agression, qui est un crime au regard du droit international. La stratégie et les tactiques de la Russie, notamment l’utilisation continue d’armes non discriminantes et le ciblage délibéré de civil·e·s, ont causé des souffrances humaines de grande ampleur et ont eu de graves répercussions pour les personnes les plus vulnérables en Ukraine, comme les enfants et les personnes âgées. L’ampleur et la forme de ses frappes aériennes sur tout le territoire montrent clairement qu’elle cherche à endommager les infrastructures énergétiques de l’Ukraine.