UE/Israël. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent exiger que le Conseil de la paix accorde la priorité aux droits des Palestinien·ne·s

UE/Israël. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent exiger que le Conseil de la paix accorde la priorité aux droits des Palestinien·ne·s
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) doivent profiter de leur rencontre du 23 février 2026 avec Nikolaï Mladenov, directeur du Conseil de la paix et haut représentant à Gaza, pour exiger que le Conseil accorde la priorité aux droits des Palestinien·ne·s, a déclaré Amnesty International.
Cette rencontre à Bruxelles doit aussi se pencher sur les lacunes du mécanisme du Conseil de la paix et veiller à ce qu’il soit conforme aux obligations en matière de droits humains découlant du droit international.
« Le Conseil de la paix représente une atteinte dangereuse au droit international et illustre la volonté de créer une structure décisionnelle parallèle qui contourne et sape les Nations unies et les institutions de la justice internationale. L’UE et ses États membres doivent être très clairs : cet organisme ne saurait se substituer à l’ONU, au cadre international relatif aux droits humains ni au système judiciaire mondial minutieusement mis en place au fil des décennies pour défendre les valeurs universelles, la coopération et l’égalité entre les États.
« À l’heure où nous avons tant besoin des protections juridiques et de l’architecture humanitaire et des droits humains de l’ONU, l’UE doit opposer une ferme résistance à toute initiative visant à les affaiblir, a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnesty International.
« En écartant la responsabilisation et en marginalisant les Palestinien·ne·s, ce mécanisme efface la place centrale des victimes et de leurs droits, tout en normalisant les dynamiques de pouvoir qui permettent à Israël de poursuivre en toute impunité l’occupation illégale, l’apartheid et le génocide contre les Palestinien·ne·s à Gaza.
« Tout engagement de l’UE qui ne place pas au premier rang les droits des Palestinien·ne·s risque de se rendre complice de violations, susceptibles de survenir si ce mécanisme fondamentalement biaisé n’est pas rapidement aligné sur les droits humains et le droit international. »
Il y a un an, le 24 février 2025, l’UE accueillait Gideon Sa’ar, ministre israélien des Affaires étrangères, à l’occasion du Conseil d’association UE-Israël. La haute représentante Kaja Kallas s’était déclarée « heureuse d’accueillir » le ministre des Affaires étrangères à Bruxelles, promettant que l’UE « continuerait d’être un partenaire honnête, ouvert, viable et fiable pour la région ».
Quelques jours plus tard, Israël a repris le siège de Gaza, tuant 15 ambulanciers et secouristes, coupé l’approvisionnement en électricité d’une station de dessalement et mis fin unilatéralement à une trêve fragile en lançant une série de frappes aériennes meurtrières qui ont tué au moins 412 Palestinien·ne·s, dont 174 enfants, lors d’une des journées les plus sanglantes du génocide.
Depuis l’annonce du « cessez-le-feu » le 9 octobre 2025, les autorités israéliennes ont poursuivi leur génocide contre les Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza occupée. Une ligne de démarcation arbitraire et mouvante, appelée « ligne jaune », crée de facto une zone interdite aux Palestinien·ne·s sur près de 60 % de la bande de Gaza, provoquant de nouveaux déplacements forcés massifs et exacerbant des conditions de vie déjà inhumaines, tout en les coupant de la majeure partie de leurs zones agricoles fertiles.
Par ailleurs, Israël a suspendu l’enregistrement de 37 ONG humanitaires internationales, une mesure qui devrait entrer en vigueur dans les prochains jours. Cela entraînera la fermeture d’établissements de santé et de centres de soins de terrain, l’arrêt de la distribution de nourriture et la suppression de soins vitaux pour les Palestinien·ne·s dans l’ensemble du territoire palestinien occupé. On s’attend à une catastrophe. Les évacuations médicales depuis Gaza sont déjà entravées, l’entrée des fournitures et équipements indispensables, notamment médicaux, est restreinte, et le blocus cruel imposé par Israël se poursuit malgré les ordonnances de la Cour internationale de justice exigeant sa levée immédiate.
En 2025, un nombre record de colonies ont été approuvées (54), d’avant-postes établis (86) et de maisons palestiniennes démolies (1 269) dans la zone C en Cisjordanie occupée. Les violences des colons cautionnées par l’État et la politique israélienne d’asphyxie ont causé le déplacement total ou partiel de 22 villages palestiniens, tandis que les Palestinien·ne·s sont régulièrement victimes de détentions arbitraires sans inculpation ni jugement, d’actes de torture et de mauvais traitements pendant leur incarcération.
En outre, la Knesset envisage de modifier la loi afin de permettre aux tribunaux israéliens d’étendre le recours à la peine de mort par le biais de dispositions destinées à s’appliquer de manière sélective aux Palestinien·ne·s, renforçant ainsi le système d’apartheid mis en place par Israël.
« Israël ne se contente pas de piétiner le droit international et de franchir chacune des lignes rouges de l’UE, il le fait avec un mépris total, comme en témoignent les nombreuses déclarations des principaux responsables politiques israéliens. Pourtant, la réponse de l’UE demeure celle de l’apaisement, au détriment du droit international, des droits des Palestinien·ne·s et de ses propres règles, a déclaré Erika Guevara-Rosas.
« Les beaux discours n’empêcheront pas Israël d’enfreindre le droit international à sa guise. Un consensus croissant invite l’UE à prendre des mesures fondées sur des principes, ce qui suppose de suspendre l’accord d’association UE-Israël, subordonné au respect des droits humains, d’imposer un embargo complet sur les armes, d’adopter des sanctions ciblées contre les responsables israéliens et de mettre fin aux échanges commerciaux et aux investissements avec les colonies illégales israéliennes en Cisjordanie occupée.
« Le moment est venu de défendre, de faire respecter et d’appliquer le droit international. Y renoncer constituerait une menace existentielle pour l’UE et sa légitimité. »
Contexte
Le 19 février, la première réunion du Conseil de la paix s’est tenue à Washington. Il est prévu que 50 pays rejoignent le Conseil de la paix, 35 responsables ayant déjà manifesté leur intérêt. Parmi les États membres de l’UE, la Bulgarie et la Hongrie l’ont rejoint en tant que membres ; l’UE, Chypre, la Tchéquie, la Grèce, l’Italie et la Roumanie en tant qu’observateurs.