France. La décision de refuser l’entrée sur le territoire à un grand défenseur palestinien des droits humains constitue une violation flagrante

France. La décision de refuser l’entrée sur le territoire à un grand défenseur palestinien des droits humains constitue une violation flagrante
La décision des autorités françaises de refuser un visa à Shawan Jabarin, défenseur palestinien des droits humains de premier plan et directeur général d’Al Haq, qui devait se rendre en France cette semaine pour mener un travail de plaidoyer, représente un recul alarmant sur le terrain des droits humains.
Al Haq, plus ancienne organisation palestinienne de défense des droits humains et pionnière du mouvement en faveur de ces droits au Moyen-Orient, fait partie de trois organisations palestiniennes de renom œuvrant pour les droits fondamentaux – aux côtés d’Al Mezan, basée à Gaza, et du Centre palestinien pour les droits humains (PCHR) – qui sont visées par des sanctions imposées par le gouvernement des États-Unis en raison de leur travail avec la Cour pénale internationale. En 2021, Al Haq a également fait l’objet de poursuites illégales de la part d’Israël, après des décennies de campagnes de diffamation et d’attaques contre cette organisation et son personnel.
« Il est à la fois honteux et profondément perturbant qu’un défenseur des droits humains, qui a consacré sa vie à obtenir justice pour les victimes de crimes de droit international, se voit interdire l’entrée de la zone Schengen, tandis que des individus recherchés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité sont en mesure de se déplacer librement. Ce contraste saisissant et absurde devrait amener les États européens à réfléchir de toute urgence à leur engagement en faveur de l’obligation de rendre des comptes et de l’application systématique de la justice internationale », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
« La contribution d’Al Haq, d’Al Mezan et du Centre palestinien pour les droits humains au mouvement mondial de défense des droits fondamentaux est immense, ces organisations ayant, avec courage et rigueur, recueilli des informations sur des violations, parlé au nom des victimes, et défendu les valeurs universelles que la France affirme respecter. En 2018, reconnaissant le travail d’Al Haq, la France a décerné à cette organisation le prestigieux prix des droits de l’homme de la République française, que Shawan Jabarin a reçu en personne. Nous exhortons les autorités françaises à revenir immédiatement sur leur décision et à s’engager à accorder un visa à Shawan Jabarin », a déclaré Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).
Outre ces trois organisations palestiniennes, sont également visés par des sanctions étasuniennes huit juges et trois procureur·e·s de la CPI, ainsi que la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés.
« En 2025, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Palestine, a été accueilli par la Hongrie, et un ressortissant libyen recherché par la CPI a pu se rendre en Italie et quitter ce pays, entrant et sortant donc de la zone Schengen sans être arrêté et sans qu’un autre État Schengen ne formule d’objection. Pendant ce temps, des défenseur·e·s des droits humains souhaitant soutenir la justice sont punis et empêchés d’accomplir leur travail légitime en faveur des droits humains », a déclaré Alison Smith, directrice du secrétariat de la Coalition pour la CPI.
Plusieurs pays, dont la France, ont publiquement dénoncé ces sanctions, le président français Emmanuel Macron ayant directement demandé au président Trump de lever les sanctions visant le Français Nicolas Guillou, juge à la CPI. Ils ont également condamné la criminalisation par Israël du travail d’organisations de défense des droits humains. La France doit conserver cette position et refuser de donner l’impression d’avoir cédé face aux sanctions des États-Unis ou aux désignations israéliennes.
En octobre 2025, un mois après que les États-Unis ont pointé du doigt ces organisations palestiniennes, la demande de visa Schengen déposée par Shawan Jabarin a été rejetée par « un ou plusieurs États membres de l’UE » au motif qu’il représenterait « une menace pour la politique publique ou la sécurité intérieure ». Le 10 avril 2026, il était prévu que Shawan Jabarin se rende en Europe pour une série de prises de parole publiques au sujet des sanctions et des mesures concrètes que l’UE et ses États membres pourraient adopter afin de soutenir et protéger la CPI et ceux qui coopèrent avec celle-ci. Ces interventions publiques sont menées de concert avec les responsables du Centre palestinien pour les droits humains et d’Al Mezan, ainsi que plusieurs ONG internationales. Compte tenu du rejet de sa précédente demande de visa Schengen, Shawan Jabarin a effectué des démarches afin d’obtenir des visas nationaux pour les pays dans lesquels il était censé se rendre : la Belgique, la France et les Pays-Bas.
Au dernier moment, la France lui a refusé son visa, empêchant sa participation à des séances d’information devant se tenir auprès du Parlement, d’organisations de la société civile et du ministère français des Affaires étrangères. Par ailleurs, la France ayant tardé à fournir une réponse aux autorités belges et néerlandaises, Shawan Jabarin n’a pas pu prendre part à plusieurs engagements programmés au Parlement européen et au ministère belge des Affaires étrangères. Les Pays-Bas et la Belgique lui ont par la suite accordé un visa l’autorisant à participer aux événements restants qui étaient prévus aux Pays-Bas. Le refus de la France a toutefois déjà empêché Shawan Jabarin d’assister à certains événements et a limité sa capacité à effectuer un travail crucial de plaidoyer et de défense des droits humains, notamment au sujet de l’impact des sanctions sur l’écosystème de la justice internationale.
Avec ce refus de lui accorder un visa, le message adressé par la France est alarmant, en particulier dans le contexte de la réduction de l’espace dédié au travail de défense des droits humains dans le monde et des attaques croissantes contre le droit international lui-même. Le refus de délivrer un visa fournit encore un exemple des restrictions visant les défenseur·e·s des droits humains. S’il était lié aux sanctions étasuniennes ou aux désignations israéliennes, cela constituerait une intensification extrêmement inquiétante de l’application extraterritoriale de sanctions contre celles et ceux qui travaillent sur la justice et l’obligation de rendre des comptes.
Signataires :
- Amnesty International
- Coalition pour la Cour pénale internationale
- Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
- No Peace Without Justice
- Avocats sans frontières
- Centre européen pour les droits constitutionnels et humains
- EuroMed Droits