Yémen. Les Houthis doivent immédiatement ouvrir les routes à Taizz, car des milliers de vies civiles sont en danger

Yémen. Les Houthis doivent immédiatement ouvrir les routes à Taizz, car des milliers de vies civiles sont en danger
Les autorités houthies de facto doivent ouvrir sans délai certaines routes essentielles à l’intérieur et autour de Taizz, tandis que les affrontements s’intensifient entre Houthis et forces gouvernementales, et se rapprochent de zones densément peuplées de la ville, a déclaré Amnesty International mercredi 21 octobre.
Les Houthis ont renforcé leur contrôle sur la ville de Taizz après avoir coupé, en octobre, la route principale reliant Taizz à Aden, poussant ainsi la ville au bord d’une grave catastrophe humanitaire. Ils ont bloqué l’aide humanitaire, mettant gravement en péril l’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins de santé pour des centaines de milliers de personnes, selon des organes des Nations unies.
« Les habitant·e·s de Taizz, troisième ville du Yémen, endurent depuis des années des conditions de vie difficiles en raison du conflit, alors qu’ils accueillent le plus grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays. À plusieurs reprises depuis 2015, les forces houthies ont encerclé la ville, bloquant l’accès aux principales routes la reliant à d’autres villes et obligeant les civil·e·s à emprunter des routes de montagne dangereuses et mal entretenues », a déclaré Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.
« Une fois de plus, les civil·e·s de Taizz se retrouvent pris au piège et confrontés à de graves pénuries de produits de première nécessité, notamment de nourriture, d’eau et de médicaments. En vertu du droit international, les Houthis ont l’obligation de veiller à ce que l’acheminement de l’aide et de produits de première nécessité destinés aux civil·e·s dans le besoin ne soit entravé d’aucune manière, et à ce que les civil·e·s souhaitant quitter Taizz puissent le faire librement et en toute sécurité. »
Des organes des Nations unies ont indiqué que les stocks de carburant et d’oxygène d’établissements médicaux de première importance étaient dangereusement faibles ; que les réserves de blé et de farine pourraient être épuisées en moins de trois semaines ; que les prix des denrées alimentaires avaient augmenté d’environ 50 % ; et que le gaz de cuisine était devenu pratiquement introuvable.
Entre le 1er août et le 19 octobre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, 32 civil·e·s ont été tués dans le gouvernorat de Taizz, dont 14 enfants et neuf femmes, tandis que 115 civil·e·s ont été blessés, parmi lesquels 36 enfants et 34 femmes.
En vertu du droit international humanitaire, les parties à un conflit sont tenues de permettre et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave d’une aide humanitaire impartiale aux civil·e·s dans le besoin. Toutes les parties doivent permettre aux civil·e·s se trouvant dans des zones assiégées et souhaitant quitter les lieux de le faire, et elles doivent garantir la liberté de circulation du personnel humanitaire autorisé.
Les parties au conflit doivent également prendre toutes les précautions possibles pour épargner les civil·e·s et les biens de caractère civil.
Le Yémen est déjà confronté à l’une des pires crises humanitaires au monde. L’escalade des hostilités s’inscrit dans un contexte d’effondrement économique et de coupes draconiennes dans les financements de l’aide humanitaire, qui risquent d’exacerber une situation humanitaire déjà grave pour les personnes vivant dans le pays.
« La communauté internationale et les États donateurs doivent se mobiliser pour soutenir les civil·e·s au Yémen, notamment en exigeant de manière urgente et répétée que les Houthis rouvrent les routes menant à Taizz et libèrent toutes les personnes qu’ils détiennent arbitrairement, notamment des travailleurs humanitaires, et en fournissant un financement urgent et suffisant pour le plan d’intervention humanitaire du Yémen, qui souffre depuis des années d’un sous-financement persistant et grave, en particulier depuis les coupes budgétaires mondiales dans l’aide humanitaire en 2025 », a déclaré Heba Morayef.
Complément d’information
Le cessez-le-feu négocié par l’ONU entre les parties au conflit au Yémen, mis en place en 2022, a volé en éclats en juillet. Cela a fait suite à une frappe aérienne contre l’aéroport international de Sanaa, contrôlé par les Houthis, revendiquée par le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Les Houthis ont accusé l’Arabie saoudite d’être à l’origine de cette attaque. Les combats entre les Houthis et le gouvernement reconnu par la communauté internationale se sont intensifiés, notamment le long de la côte ouest et dans le gouvernorat de Taizz.
Les Houthis, qui bénéficient du soutien de l’Iran, ont lancé des attaques de drones et de missiles contre l’Arabie saoudite, notamment contre des aéroports et des infrastructures pétrolières, tuant au moins 20 personnes et en blessant des centaines, selon les médias officiels saoudiens. L’armée saoudienne a repris ses frappes aériennes sur les territoires contrôlés par les autorités houthies de facto, faisant des dizaines de morts et de blessés. La reprise du conflit au Yémen s’inscrit dans le cadre d’une escalade plus large liée au conflit régional impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran.