Turquie : les autorités doivent mettre fin à la répression croissante contre les organisations de défense des droits LGBTI et libérer immédiatement les militant·es détenu·es

Turquie : les autorités doivent mettre fin à la répression croissante contre les organisations de défense des droits LGBTI et libérer immédiatement les militant·es détenu·es
Les autorités turques doivent mettre fin à la répression croissante visant les organisations de défense des droits des personnes LGBTI, libérer immédiatement les militant·es détenu·es et cesser de cibler et de stigmatiser les personnes LGBTI ainsi que celles et ceux qui défendent leurs droits, a déclaré Amnesty International alors qu’une campagne de répression nationale entre dans son quatrième jour.
Depuis dimanche, la police a arrêté plus de 60 personnes dans 15 provinces à la suite de perquisitions menées dans des organisations de défense des droits LGBTI. Au moins 23 personnes ont été placées en détention provisoire et des enquêtes pénales ont été ouvertes contre plus de 160 personnes. Plus de 180 comptes sur les réseaux sociaux appartenant à des organisations et militant·es LGBTI, des journalistes, des médias et d’autres personnes ont été bloqués ou restreints, de même qu’un certain nombre de sites Internet. Parmi les comptes concernés figure celui d’Amnesty International Türkiye sur X.
« Cette escalade effroyable de la répression en Turquie constitue une attaque généralisée contre les droits des personnes LGBTI et contre celles et ceux qui les défendent. Les perquisitions, arrestations et campagnes incessantes de diabolisation des personnes LGBTI, menées sous le prétexte fallacieux de “protéger les familles”, montrent pourquoi la défense des droits LGBTI en Turquie est aujourd’hui plus importante que jamais », a déclaré Esther Major, directrice régionale adjointe pour l’Europe à Amnesty International.
« Cette vaste campagne de répression, dans le cadre de laquelle des dizaines de personnes ont été arrêtées, n’a rien à voir avec la protection des familles. Elle vise au contraire à porter davantage atteinte à une communauté qui subit depuis des décennies discrimination et intimidation. »
Alors que les protestations se multiplient en Turquie et que la condamnation internationale s’intensifie, il apparaît clairement que les autorités turques ont l’intention de renforcer encore cette répression. Lundi, le ministère de la Justice a envoyé une circulaire aux 175 procureur·es en chef des 81 provinces de Turquie concernant des contenus et activités considérés, selon son interprétation, comme contraires à la « morale publique » et préjudiciables aux familles, aux enfants et aux jeunes.
Le même jour, la police aurait utilisé du gaz poivre contre des manifestant·es pacifiques à İzmir. Deux personnes ont été arrêtées puis relâchées. Plus tôt dans la journée, la police a encerclé un groupe de manifestant·es pacifiques rassemblé·es devant le tribunal d’Istanbul, à Çağlayan, avant qu’ils et elles puissent lire leur déclaration à la presse. Plus de 95 personnes auraient été arrêtées.
Amnesty International appelle les autorités à permettre la tenue de nouvelles manifestations dans tout le pays sans restrictions injustifiées.
« Cette vaste campagne de répression s’inscrit dans le cadre d’une offensive plus large et persistante contre les droits des personnes LGBTI et de celles et ceux qui défendent ces droits. Amnesty International exhorte les autorités turques à mettre fin à cette vague de répression, à garantir la libération immédiate de toutes les personnes détenues uniquement en raison de leur travail en faveur des droits humains et à veiller à ce que les défenseur·es des droits LGBTI et les associations puissent exercer leurs droits sans discrimination, criminalisation, intimidation ni représailles », a déclaré Esther Major.
« Chacun et chacune a le droit de vivre à l’abri de toute discrimination et nous devons agir pour dénoncer cette répression injustifiable. Vendredi, Amnesty International se joindra à des milliers de personnes qui descendront dans les rues des capitales du monde entier pour exprimer leur solidarité avec les personnes LGBTI en Turquie. Il est temps de nous unir contre la répression des droits LGBTI en Turquie, d’élever nos voix et de rendre notre solidarité visible. »
Contexte
Les perquisitions menées le 12 septembre ont été réalisées sous le nom « Ailem Güvende » (« Ma famille est en sécurité ») et coordonnées par les bureaux des procureur·es en chef d’Ankara, Istanbul, İzmir, Aydın et Mersin.
La circulaire publiée par le ministère de la Justice demande aux procureur·es d’examiner rapidement les plaintes et signalements, de prendre immédiatement les mesures d’enquête nécessaires, de préserver les preuves numériques et, lorsque cela est nécessaire, de demander le retrait ou le blocage de contenus en ligne.
Le vendredi 18 septembre, Amnesty International participera à des manifestations internationales devant les ambassades de Turquie dans les capitales du monde entier, notamment à Bruxelles, Paris, Londres, Oslo et Washington D.C., ainsi que dans de nombreuses autres villes.
Amnesty International Türkiye a reçu le 14 septembre un e-mail de X l’informant que son compte X (@aforgutu) avait été bloqué, à la suite d’une décision communiquée par la Présidence de la cybersécurité en vertu de l’article 8/A de la loi n° 5651. Le compte reste accessible depuis l’extérieur du pays.
Amnesty Türkiye a contacté X afin d’obtenir une copie de cette décision, mais n’a pas encore reçu de réponse. L’organisation n’est donc pas en mesure d’examiner le fondement juridique de cette mesure.