Au moins 23 défenseurs des droits LGBTI, dont des membres du conseil d’administration et du comité de surveillance de KAOS GL, la principale organisation de défense des droits LGBTI en Turquie — Janset Kalan, Nedime Erdoğan, Umut Derin et Selin Berghan—, ainsi que la journaliste Tuğba Tekerek, ont été arrêtés avec plus d’une centaine d’autres personnes lors d’une opération policière visant des personnes et des organisations LGBTI, qui a débuté le 12 septembre. Les cinq personnes susmentionnées sont en détention provisoire à la prison de Sincan, à Ankara, accusées d’« obscénité » et d’« infraction à la loi sur les associations ». Les défenseurs des droits LGBTI et la journaliste sont privés de liberté uniquement pour avoir exercé leurs droits humains et doivent être remis en liberté immédiatement et sans condition.
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Complément d’information
Le 12 septembre, la police a mené des perquisitions dans cinq provinces au sein de domiciles et de bureaux de personnes LGBTI, notamment des militants et des organisations de défense des droits des personnes LGBTI, ainsi que dans plusieurs lieux de divertissement. Cette opération, baptisée « Ma famille est en sécurité », a conduit à la détention d’au moins 117 personnes. Parmi les personnes détenues, 44 étaient des défenseurs des droits des personnes LGBTI. En outre, au moins 27 personnes LGBTI, dont la majorité sont des femmes transgenres, ainsi que d’autres personnes n’ayant aucun lien avec ces organisations, ont également été placées en détention.
Au moins 83 personnes ont été placées en détention provisoire dans les provinces d’Aydın, d’Ankara, de Mersin et d’Istanbul. La majorité des personnes placées en détention provisoire sont des femmes transgenres accusées de prostitution et/ou d’infractions liées à l’obscénité et à la drogue. Sur les 44 défenseurs des droits initialement arrêtés par la police, au moins 23 militants LGBTI ou personnes liées à des associations LGBTI ont été placés en détention provisoire, y compris des fondateurs et des membres d’organes de contrôle, dont les domiciles ont fait l’objet de perquisitions et dont le matériel numérique a été saisi. Ils ont été incarcérés pour violation de la loi sur les associations et pour obscénité.
Les comptes sur les réseaux sociaux d’organisations et de militants LGBTI, ainsi que ceux appartenant à des journalistes, des organisations de défense des droits de l’homme et des personnalités exprimant leur solidarité avec les personnes LGBTI ou partageant des informations sur ces opérations, ont également été restreints : au moins 419 comptes ont été bloqués en Turquie depuis le 12 septembre dans le cadre de cette opération. Le 30 septembre, le site d’information indépendant T24 a été bloqué en Turquie par décision de justice invoquant « la publication de 118 articles liés à la communauté LGBTI au cours de l’année écoulée », alléguant que cela constituait de la « propagande LGBTI », ce qui ne constitue actuellement pas une infraction reconnue en Turquie.
Le 14 septembre, le ministère de la Justice a publié une circulaire enjoignant à 175 procureurs répartis dans les 81 provinces de Turquie de donner la priorité aux enquêtes sur les plaintes déposées dans le cadre de cette opération, en s’appuyant sur le cadre de la « moralité publique » et en faisant explicitement référence à des activités qui encourageraient prétendument l’« absence de genre » chez les enfants et les jeunes.
Au cours des deux dernières années, trois séries de propositions divulguées comprenaient des mesures qui, si elles avaient été adoptées, auraient criminalisé toute expression des identités LGBTI, y compris les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe, ainsi que l’accès aux soins de santé essentiels visant à l’affirmation de genre. Ces propositions divulguées prévoyaient des peines d’emprisonnement fondées sur des stéréotypes de genre, la manière dont ces personnes se présentent ou le choix de leur partenaire, ainsi que la criminalisation de toute discussion positive sur les questions liées aux personnes LGBTI au motif qu’elle « encourage, promeut ou fait l’éloge » de ces personnes. Ces propositions n’ont finalement pas été présentées suite à une opposition généralisée en Turquie.
La répression qui a débuté le 12 septembre représente une escalade profondément préoccupante des atteintes aux droits et libertés des personnes LGBTI et de la criminalisation de ceux qui défendent ces droits en Turquie.