Après l’effondrement d’un immeuble résidentiel à Bab al Tabbaneh, à Tripoli, le 8 février, qui a fait 14 morts et huit blessés, le gouvernement doit prendre des mesures afin d’indemniser ceux qui ont perdu leur logement et de protéger ceux qui vivent encore dans des bâtiments dangereux, a déclaré Amnesty International le 10 février 2026. Cet immeuble est le dernier d’une série d’au moins quatre bâtiments qui se sont effondrés au cours des cinq premières semaines de l’année 2026.
« Cet effondrement mortel d’un immeuble à Tripoli est une tragédie qui aurait pu être évitée et qui résulte directement d’années de mauvaise gestion de la part de l’État, de la corruption endémique et de l’absence de protection sociale efficace, lors même qu’une crise économique dévastatrice a accentué la pauvreté dans le pays, a déclaré Sahar Mandour, chercheuse sur le Liban à Amnesty International.
« Le gouvernement doit passer à l’action et mettre en œuvre ses promesses, à savoir protéger la vie et les droits au logement de ceux qui vivent dans des bâtiments dangereux : il doit notamment garantir le versement en temps voulu des allocations logement, rénover les logements endommagés et reloger ceux qui n’arrivent pas trouver un abri sûr, en lançant un processus de consultation les impliquant. Il doit instaurer et étendre ces mesures afin qu’aucune autre vie ne soit mise en péril. »
À la suite de l’effondrement du 8 février, le conseil municipal de Tripoli a présenté sa démission au ministre de l’Intérieur. Le président du conseil, Abdel Hamid Karimeh, a déclaré la ville « zone sinistrée », invoquant une négligence chronique, la détérioration des infrastructures et l’incapacité de la municipalité à gérer la crise.
Face aux récents effondrements de bâtiments à Tripoli, les autorités ont réagi rapidement et promis des enquêtes nationales, le versement d’allocations logement et des solutions de relogement.
À l’issue d’une réunion d’urgence le 9 février, le gouvernement a annoncé des mesures pour faire face à la crise des effondrements d’immeubles à Tripoli, notamment l’évacuation de 114 bâtiments dangereux dans un délai d’un mois et la prise en charge des frais de logement temporaire. Il a déclaré que des abris d’urgence étaient prêts, que d’autres seraient ouverts si nécessaire, et que le ministère des Affaires sociales inscrirait les familles touchées au programme d’aide sociale Aman. Il s’est également engagé à ce que le ministère de la Santé publique réponde aux besoins médicaux et à ce que la Haute Commission de secours renforce les structures pouvant être réhabilitées, démolisse celles qui présentent un risque imminent et collabore avec les organismes d’ingénierie en vue de réaliser un inventaire des bâtiments et des infrastructures essentielles.
Toutefois, un an après les tremblements de terre qui ont frappé la Turquie, la Syrie et le nord du Liban en février 2023, des familles habitant des immeubles à haut risque ont déclaré à Amnesty International que les plans d’urgence du gouvernement n’avaient pas été concrétisés et n’étaient guère plus que des paroles en l’air. Elles continuent de vivre dans des structures officiellement classées comme présentant un risque d’effondrement, car elles n’ont pas les moyens de financer des réparations ni de se reloger.
Le gouvernement actuel a promis à plusieurs reprises des réformes et des recours afin de remédier aux violations persistantes des droits socio-économiques. Ses récents engagements s’agissant d’évacuer les bâtiments dangereux, de fournir des logements temporaires et une aide médicale, et de commencer à renforcer les structures à risque sont des mesures importantes en ce sens. Cependant, ses prédécesseurs avaient fait les mêmes promesses, sans les traduire en actions concrètes. Des années de programmes non réalisés, le manque chronique d’investissements dans la sécurité publique et l’absence de stratégie nationale pour les bâtiments risquant de s’effondrer exposent les habitant·e·s aux mêmes risques structurels et à des violations de leurs droits.
Le Liban est tenu, en vertu du droit international relatif aux droits humains, notamment de l’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), de garantir l’accès à un logement sûr, sécurisé et convenable, et de prendre des mesures efficaces afin de parer aux menaces prévisibles qui pèsent sur la vie et le bien-être des habitant·e·s. Dans un rapport publié en 2024, Amnesty International démontrait que les manquements des autorités libanaises ont contraint les Tripolitain·e·s à continuer de vivre dans des logements dangereux, risquant de s’effondrer au lendemain des séismes qui ont frappé la Turquie, la Syrie et le nord du Liban en février 2023.