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Davos. Tout véritable dialogue suppose une prise de position collective contre les manœuvres d’intimidation militaires, économiques et diplomatiques

Avant d’assister à la rencontre annuelle du Forum économique mondial à Davos, qui débute le 19 janvier, Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré :

« L’ »esprit du dialogue », thème de la réunion de cette année à Davos, est douloureusement et de plus en plus souvent absent des affaires internationales ces derniers temps. Au cours de la première année écoulée depuis le retour de Donald Trump à la présidence, les États-Unis se sont retirés d’organes multilatéraux, ont cherché à intimider d’autres États et attaqué les principes et institutions qui sous-tendent le système de justice internationale. Parallèlement, des pays tels que la Russie et Israël ont continué à tourner en dérision la Convention de Genève et la Convention sur le génocide sans faire l’objet de véritables procédures d’obligation de rendre des comptes.

« Quelques puissants États s’emploient sans aucun complexe à démolir l’ordre international fondé sur des règles et à remodeler le monde selon des critères servant leurs intérêts. Interventions unilatérales et intérêts commerciaux passent avant des partenariats stratégiques de longue date s’appuyant sur des valeurs universelles et des solutions collectives. Cela était manifeste dans l’action militaire menée par le gouvernement Trump au Venezuela, et dans son intention déclarée de « diriger » ce pays, qui, selon le président lui-même, ont au moins en partie été motivées par les intérêts de compagnies pétrolières états-uniennes. Ne nous méprenons pas : la seule certitude concernant le saccage du droit international et des institutions multilatérales est que cela causera des souffrances et des destructions de grande ampleur dans le monde.

« Face à des actes d’intimidation et des attaques sur les plans diplomatique, économique et militaire, de nombreux États et entreprises ont opté pour l’appaisement au lieu d’adopter une position commune et fondée sur des principes. L’humanité a besoin que des responsables mondiaux, des dirigeant·e·s d’entreprises et la société civile résistent collectivement, voire perturbent ces tendances destructrices. Cela requiert de dénoncer les manœuvres d’intimidation et les attaques, et de fournir des réponses fortes sur les terrains judiciaire, économique et diplomatique. Le silence, la complicité et l’inaction n’ont pas leur place dans cela. Il convient aussi de se lancer dans une quête transformatrice en faveur de solutions communes aux nombreux problèmes existentiels que nous partageons.

« Nous avons besoin : d’une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, afin de lutter contre l’utilisation abusive du droit de véto ; d’une réglementation robuste pour nous protéger contre de nouvelles technologies nuisibles ; d’une inclusivité et d’une transparence accrues dans le cadre de la prise de décisions relatives aux solutions climatiques ; et de traités internationaux sur l’imposition et la dette, afin que l’économie mondiale soit plus équitable et axée sur les droits. Mais cela ne sera possible que si nous coopérons et faisons preuve d’une volonté inébranlable de résister à ceux qui essaient d’employer la manière forte et de nous diviser. »

Agnès Callamard participera à la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos pendant toute sa durée, du 19 au 23 janvier. Elle sera disponible pour des interviews avec les médias sur diverses questions relatives aux droits humains, notamment :

  • Le génocide qu’Israël continue à commettre contre les Palestiniens et Palestiniennes à Gaza
  • L’action militaire des États-Unis au Venezuela, la guerre d’agression que mène la Russie contre l’Ukraine, et les conflits en cours au Soudan, en République démocratique du Congo et au Myanmar
  • L’importance de la relégitimation et de la revitalisation du multilatéralisme
  • La nécessité d’une réforme mondiale de l’impôt et de la dette, ainsi que d’une protection sociale universelle
  • Le besoin urgent d’un abandon progressif et financé des combustibles fossiles, de manière totale, rapide et équitable
  • La nécessité d’une augmentation massive du financement climatique, notamment en matière de pertes et de préjudices
  • Les géants technologiques, la responsabilité des entreprises et les risques de la déréglementation
  • Comment limiter l’impact préjudiciable de l’intelligence artificielle sur les droits humains, notamment le droit à un environnement sain

À propos d’Agnès Callamard

Agnès Callamard est une experte internationale des droits humains. Fervente défenseure de la liberté d’expression, militante féministe et anti-raciste, elle a été au premier plan d’initiatives internationales visant à faire face à certains des plus grands défis de notre temps en matière de droits humains. Elle a été nommée secrétaire générale d’Amnesty International en 2021.

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