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BURUNDI
Viols : il est urgent de protéger les femmes
et les jeunes filles
Index AI : AFR 16/008/2004
ÉFAI
24 février 2004
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Le gouvernement du Burundi et la communauté
internationale doivent agir de façon urgente
pour mettre un terme aux violences sexuelles très
fréquentes, notamment aux viols, que subissent
les femmes au Burundi, déclare Amnesty International
ce mardi 24 février 2004 dans un nouveau rapport
sur le Burundi et cette forme cachée de violation
des droits humains que constitue le viol.
Le nombre croissant de viols s'explique en partie par
la discrimination généralisée envers
les femmes ; la pauvreté, les déplacements
de population et un système de santé défaillant
en rendent les conséquences encore plus graves.
Les auteurs sont le plus souvent des membres des forces
armées burundaises et des groupes politiques
armés, mais aussi des groupes criminels armés
qui pratiquent pillages et viols.
«Le viol, comme les autres atteintes aux
droits humains fondamentaux, est devenu un élément
établi de la crise burundaise parce que les auteurs
de ces actes – qu'il s'agisse de soldats gouvernementaux,
de membres de groupes politiques armés ou d'individus
isolés – ne sont pas poursuivis en justice.
Les autorités burundaises tout comme les dirigeants
des groupes politiques armés font preuve d'un
manque alarmant de volonté pour demander à
leurs forces respectives de répondre de leurs
actes, a déclaré Amnesty International.
«Au moment où le Burundi semble prêt
à s'engager de manière décisive
sur le chemin de la paix, ses institutions et infrastructures,
dans les secteurs de la santé et de la justice
notamment, doivent être remises en service, avec
l'aide de la communauté internationale, afin
d'aider les victimes de violences sexuelles à
obtenir justice et soigner leurs blessures physiques
et psychologiques», a ajouté l'organisation.
Les éléments de preuve dont nous disposons
semblent indiquer une stratégie délibérée
de la part des belligérants d'utiliser le viol
et d'autres formes de violence sexuelle comme arme de
guerre, pour semer la terreur dans la population civile
en infligeant aux personnes un traitement humiliant
ou dégradant.
Dans l'une des régions les plus affectées
au cours de l'année 2003, les forces armées
gouvernementales et le groupe politique armé
du Conseil national pour la défense de la
démocratie – Forces pour la défense
de la démocratie (CNDD-FDD Nkurunziza) ont
commis d'innombrables viols dans la province de Ruyigi,
ainsi que de nombreuses autres atteintes aux droits
humains et des pillages dans un climat de représailles
et contre-représailles. Beaucoup de femmes ont
été violées devant leurs familles
et devant leurs enfants, fait qui ajoute encore à
leur traumatisme.
Rose N., treize
ans, a expliqué aux délégués
d'Amnesty International que lorsqu'elle s'était
réveillée dans la nuit du 3 mars 2003,
elle avait vu beaucoup de gens au pied du lit qu'elle
partageait avec ses frères et sœurs dans
leur maison de Ruhwago, dans la province de Ruyigi.
Elle a cru qu'il s'agissait de voleurs. Elle a vu un
homme en train de violer sa mère qui pleurait
en criant «Pardonnez-moi, pardonnez-moi»
dans la pièce à côté. Quelqu'un
est entré dans la pièce où elle
se trouvait, l'a déshabillée, emmenée
dehors et menacé de la tuer. Puis il l'a plaquée
au sol et l'a violée. Un deuxième homme
l'a aussi violée. Quand ils l'ont laissée,
elle est retournée dans la maison, a pris son
petit frère de cinq ans qui était dans
le lit de sa mère et s'est enfuie. Aujourd'hui,
Rose a peur de dormir chez elle la nuit et a toujours
des cauchemars.
La plupart des victimes de viols au Burundi se heurtent
à d'insurmontables obstacles quand elles essaient
de tenter des poursuites en justice contre leurs auteurs
présumés. De nombreuses femmes victimes
de viols ou d'autres formes d'abus sexuels se sentent
trop intimidées face à certaines attitudes
culturelles et à l'inaction de l'État
et n'osent pas demander réparation. Si elles
le faisaient, elles se heurteraient à l'hostilité
de leur famille, de leur communauté et de la
police, avec peu d'espoir d'obtenir justice. Celles
qui osent demander justice se retrouvent confrontées
à un système qui a choisi d'ignorer, de
nier, voire de cautionner la violence exercée
contre les femmes et de protéger les auteurs
de ces actes, qu'il s'agisse d'agents de l'État
ou de simples individus. L'impunité quasi totale
dont bénéficient les membres des forces
armées – quels que soient leurs crimes
– décourage de nombreuses personnes qui
ne tentent même pas d'intenter d'action en justice
contre des membres des forces armées.
Si la honte et la peur font que de nombreuses affaires
restent cachées, l'étendue des violences
a fait que les viols ont été révélés
au grand jour en 2003. L'augmentation de la fréquence
des viols a été confirmée par les
organisations nationales et internationales travaillant
au Burundi et reconnue par les autorités gouvernementales.
En dépit de l'attention accrue portée
à ce problème, de nombreuses femmes n'ont
toujours pas accès à des soins médicaux
adaptés dans les jours qui suivent un viol. De
plus, la honte toujours présente qui s'attache
à la violence sexuelle et la peur de se faire
connaître empêchent certaines victimes de
violences sexuelles d'avoir accès à ces
services. Un traitement prophylactique gratuit pour
prévenir toute infection par le VIH n'est pas
disponible dans de nombreuses provinces ; beaucoup de
femmes vivant loin des centres de santé ou dans
des zones de conflit n'y ont pas accès. Parfois
les médicaments ne sont tout simplement pas disponibles.
Beaucoup de gens ignorent même que de tels soins
ou de tels médicaments existent.
Eugénie S.,
quinze ans, et Lucie N.,
seize ans, ont été violées lors
de deux épisodes séparés, par des
soldats à Bisinde, dans la région de Ruyigi,
en septembre 2003. Eugénie rentrait à
pied du marché lorsqu'un soldat l'a arrêtée
et poussée dans des buissons avant de la violer.
Il lui a dit de dire qu'elle avait été
violée par des FDD (CNDD-FDD (Nkurunziza). Lucie
a également été violée par
un soldat qui l'a menacée avec un pistolet. Elle
revenait chez elle après un mariage quand elle
a croisé un groupe de soldats en patrouille.
Elle avait été violée trois mois
auparavant par un soldat d'un groupe de huit combattants
CNDD-FDD (Nkurunziza) qui avaient fait irruption dans
la maison de ses parents pour demander de l'argent.
Ils l'avaient battue, ainsi que les membres de sa famille.
Les deux enfants racontent que leurs voisins les évitent
depuis et disent qu'elles sont séropositives
(à la date de leur récit, toutes deux
attendaient en fait les résultats de leur test)
. les deux filles craignent de ne jamais pouvoir se
marier.
Amnesty International appelle les autorités
gouvernementales burundaises, la société
civile et la communauté internationale à
coordonner de façon urgente leurs efforts pour
protéger les femmes et les jeunes filles menacées
de viol.
«C'est une question d'absolue priorité.
Les dirigeants politiques et militaires de tous les
groupes politiques armés ainsi que les autorités
burundaises doivent immédiatement donner des
instructions publiques à leurs combattants pour
que soit mis un terme aux atteintes aux droits humains
fondamentaux et notamment aux viols, a déclaré
l'organisation.
«Il faut non seulement faire davantage en
matière de soins médicaux et de justice,
il faut aussi de toute urgence traiter le problème
de la prolifération des armes légères.
Tant que cela n'aura pas été fait, la
violence exercée contre les femmes ne cessera
d'augmenter, que le conflit se termine ou non»,
a déclaré Amnesty International.
L'organisation estime que l'apport d'un soutien dans
quatre domaines pourrait faire baisser un peu les actes
de violence contre les femmes et laisser envisager des
réparations. Il faudrait : développer
et accroître, au sein des communautés,
les actions destinées à combattre l'ignorance
et la honte concernant les violences exercées
contre les femmes ; renforcer le pouvoir judiciaire
et les structures relatives à l'application des
lois afin que des enquêtes puissent être
menées et que le crime de viol soit poursuivi
en justice ; accroître l'accès aux services
de santé des femmes victimes de viols ou d'autres
formes de violence liées au genre et traiter
du problème sous-jacent de la discrimination
à l'égard des femmes. Le gouvernement
doit aussi au plus vite traiter du problème de
la prolifération des armes légères
dans le pays.
Sur le site d'Amnesty International
vous pouvez consulter :
Pour obtenir de plus
amples informations, veuillez contacter le Service de
presse d'Amnesty International à Londres, au
+44 20 7413 5566, ou consulter le site
http://www.amnesty.org
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