| Amnesty
International et la peine de mort
Le 28 mai 1961, l’avocat britannique Peter Benenson publie
dans le journal londonien The Observer, un article intitulé
« les prisonniers oubliés », qui marque
le lancement de l’Appel de 1961 pour une amnistie. L’article,
qui représente l’acte de naissance d’Amnesty
I8nternational, est reproduit dans des journaux du monde entier.
Dès la première phrase, il est fait référence
à l’utilisation de la peine de mort contre des prisonniers
d’opinion : « ouvrez votre journal, n’importe
quel jour de la semaine, et vous y verrez forcément un article
disant que quelque part dans le monde quelqu’un a été
emprisonné, torturé ou exécuté parce
que son gouvernement n’acceptait pas ses opinions ou sa religion
». Dès sa création, Amnesty International a
ainsi eu l’ambition de s’opposer à la peine capitale
contre les prisonniers politiques.
Avec le temps, cette opposition s’est développée
pour s’appliquer à toute personne condamnée
à mort. En 1971 l’Assemblée Internationale des
délégués d’Amnesty a décidé
de demander aux Nations Unies et au Conseil de l’Europe de
faire tout leur possible pour que la peine de mort soit abolie dans
le monde entier. En 1977, Amnesty International a organisé
une conférence internationale sur la peine capitale à
Stockholm (à l’époque, seuls 16 pays avaient
aboli la peine de mort pour tous les crimes. Au Luxembourg, c’est
en 1979 que ce pas fondamental a été franchi). En1989,
l’association a lancé une campagne mondiale contre
ce châtiment.
Aujourd’hui, Amnesty International poursuit ses efforts en
vue de l’abolition en surveillant l’évolution
de la situation, en réunissant des informations venant du
monde entier et en menant un programme de travail avec d’autres
organisations de défense des droits humains ainsi que des
gouvernements. En 2000, avec la Communauté de Sant’Egidio
et Sœur Helen Prejean (de l’organisation Moratorium 2000)
Amnesty International a remis plus de trois millions de signatures
au secrétaire général des Nations Unies, Kofi
Annan. Tous ces signataires s’exprimaient en faveur d’un
moratoire sur la peine de mort et de l’abolition totale de
ce châtiment dans le monde entier.
Si vous voulez en savoir plus, cliquez sur le thème qui
vous intéresse :
- Etat de la peine de mort dans le monde (pays abolitionnistes
/ non abolitionnistes) link
- Condamnations à mort et exécutions link
- Recours à la peine de mort aux Etats-Unis link
- Recours à la peine de mort contre des mineurs délinquants
link
- Le droit international en la matière link
- Un châtiment cruel, inhumain et dégradant link
Etat de la peine de mort dans le monde
Plus de la moitié des pays du monde ont aboli la peine de
mort en droit ou en pratique.
En effet, selon les dernières informations recueillies par
Amnesty International:
79 pays et territoires
ont aboli la peine capitale pour tous les crimes;
15 pays ont aboli la
peine de mort pour tous les crimes sauf les crimes exceptionnels,
tels que ceux commis en temps de guerre;
23 pays peuvent être
considérés comme abolitionnistes de facto : la peine
de mort est toujours prévue par leur législation,
mais ils n'ont procédé à aucune exécution
depuis au moins dix ans et semblent avoir pour politique ou pour
pratique établie de s'abstenir de toute exécution
judiciaire.
Ce sont ainsi 117
pays et territoires qui ont aboli la peine capitale de jure ou de
facto.
Par ailleurs, 78 pays maintiennent la peine de mort et appliquent
ce châtiment. Cependant, le nombre de pays qui procèdent
à des exécutions chaque année est nettement
inférieur.
Condamnations à mort et exécutions
Au cours de l'année 2003, au moins 1 146 prisonniers
ont été exécutés dans 28 pays et
territoires et 2756 personnes condamnées à mort
dans 63 pays et territoires. Ces chiffres reflètent uniquement
les cas dont Amnesty International a eu connaissance et sont certainement
en deçà de la réalité.
En 2003, 84 p. cent des exécutions recensées ont
eu lieu en Chine, aux États-Unis, en Iran et au Viêt-Nam.
En Chine, selon les informations limitées et fragmentaires
dont disposait Amnesty International à la fin de l'année,
au moins 726 personnes ont été exécutées,
mais ce chiffre est vraisemblablement très en deçà
de la réalité : un membre chevronné du Parlement
chinois a laissé entendre que la Chine exécutait "près
de 10000" personnes chaque année. Au moins 108 personnes
ont été exécutées en Iran. Soixante-six
condamnés à mort ont été exécutés
aux États-Unis. Enfin, au moins 64 personnes ont été
exécutées au Viêt-Nam.
Recours à la peine de mort
aux États-Unis
Soixante-cinq prisonniers ont été exécutés
aux États-Unis au cours de l'année 2003, ce qui portait,
fin 2003, à 885 le nombre total de condamnés à
mort exécutés dans ce pays depuis la reprise des exécutions
judiciaires en 1977.
La 900e exécution a eu lieu le 3 mars 2004. Au 1er janvier
2004, plus de 3500 personnes étaient incarcérées
sous le coup d'une condamnation à mort.
La peine capitale est prévue par la législation de
38 des 50 États de l'Union. Des dispositions autorisant le
recours à ce châtiment figurent également dans
la législation fédérale, tant dans le droit
commun que dans le Code de justice militaire.
Recours à la peine de mort contre
des mineurs délinquants
Les traités internationaux relatifs aux droits humains interdisent
l'application de la peine capitale pour les crimes commis par des
personnes âgées de moins de dix-huit ans au moment
des faits. Cette interdiction est inscrite dans le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, dans la Convention relative
aux droits de l'enfant, dans la Convention américaine relative
aux droits de l'homme, ainsi que dans la Charte africaine des droits
et du bien-être de l'enfant. Plus de 110 États qui
maintiennent la peine capitale pour un certain nombre d'infractions
interdisent expressément l'exécution de mineurs délinquants
dans leur législation, ou sont censés exclure ce type
d'exécution dans la mesure où ils sont parties à
l'un ou l'autre de ces traités. Toutefois, un petit nombre
de pays continuent d'exécuter des mineurs délinquants.
Depuis 1990, à la connaissance d'Amnesty International,
huit pays ont exécuté des prisonniers condamnés
à mort pour des crimes commis alors qu'ils avaient moins
de dix-huit ans : l'Arabie saoudite, la Chine, les États-Unis,
l'Iran, le Nigéria, le Pakistan, la République démocratique
du Congo (RDC) et le Yémen. La Chine, le Pakistan et
le Yémen ont depuis lors fait passer à dix-huit ans
l'âge minimum que devait avoir un délinquant au moment
des faits pour être passible de la peine de mort, et l'Iran
s'apprête à en faire autant. C'est aux États-Unis
qu'a été recensé le plus grand nombre d'exécutions
de mineurs délinquants (19 depuis 1990).
D'après les informations recueillies par Amnesty International,
deux mineurs délinquants ont été exécutés
au cours de l'année 2003 : l'un en Chine, l'autre aux États-Unis.
Par ailleurs, en janvier 2004 un autre mineur délinquant
a été exécuté en Iran.
Le droit international en la matière
L'un des progrès majeurs réalisés ces dernières
années réside dans l'adoption de traités internationaux
par lesquels les États s'engagent à ne pas avoir recours
à la peine capitale. Ces traités sont actuellement
au nombre de quatre:
- le Deuxième Protocole facultatif se rapportant
au Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
visant à abolir la peine de mort, qui a été
ratifié par 52 États. Huit autres pays ont signé
le Protocole, signifiant ainsi leur intention de devenir partie
à cet instrument à une date ultérieure;
- le Protocole à la Convention américaine
relative aux droits de l'homme, traitant de l'abolition de la
peine de mort, qui a été ratifié par huit
États du continent américain et signé par
un autre;
- le Protocole n° 6 à la Convention de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
(Convention européenne des droits de l'homme) concernant
l'abolition de la peine de mort, qui a été ratifié
par 44 États européens et signé par un autre;
- le Protocole n° 13 à la Convention
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
relatif à l'abolition de la peine de mort en toutes circonstances,
qui a été ratifié par 24 États et
signé par 18 autres.
L'objet du Protocole n° 6 à la Convention européenne
des droits de l'homme est l'abolition de la peine de mort en temps
de paix. Le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au
Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le
Protocole à la Convention américaine relative aux
droits de l'homme prévoient l'abolition totale de la peine
capitale, mais laissent aux États qui le souhaitent la possibilité
d'y avoir exceptionnellement recours en temps de guerre. Le Protocole
n° 13 à la Convention européenne des droits de
l'homme prévoit l'abolition totale de la peine de mort en
toutes circonstances.
Un châtiment cruel, inhumain
et dégradant
Argument de la dissuasion
Aucune étude scientifique n'a jamais apporté la preuve
que la peine de mort ait un effet plus dissuasif que les autres
peines en matière de criminalité. L'enquête
la plus récente sur les liens de cause à effet entre
peine capitale et taux d'homicides – menée pour les
Nations unies en 1988 et mise à jour en 2002 – se conclut
en ces termes : "... il n'est pas prudent d'accréditer
l'hypothèse selon laquelle la peine capitale aurait un effet
légèrement plus dissuasif en matière de criminalité
que la menace et l'application de la peine, censément moins
sévère, de réclusion à perpétuité."
Impact de l'abolition de la peine
capitale sur la criminalité
Toujours selon ce rapport rédigé pour les Nations
unies en 1988 et mis à jour en 2002: "Le fait que l'ensemble
des chiffres disponibles continuent à aller dans le même
sens est une preuve convaincante que les États ne doivent
pas craindre une hausse soudaine et importante de la criminalité
s'ils réduisent le recours à la peine de mort."
Les taux de criminalité enregistrés récemment
dans les pays abolitionnistes n'indiquent aucunement que l'abolition
puisse avoir des effets préjudiciables. Au Canada, par exemple,
le taux d'homicides pour 100000 habitants est passé du chiffre
record de 3,09 en 1975 – un an avant l'abolition de la peine
de mort pour le meurtre – à 2,41 en 1980, et a continué
de diminuer depuis lors. En 2002, soit vingt-six ans après
l'abolition de la peine capitale, le taux d'homicides était
de 1,85 pour 100000 habitants, ce qui représente une baisse
de 40 p. cent par rapport à 1975.
Risque d'exécuter un innocent
Le risque d'exécuter des innocents demeure indissolublement
lié à l'application de la peine de mort.
Depuis 1973, 113 condamnés à mort aux États-Unis
ont été remis en liberté après que la
preuve de leur innocence eut été apportée.
Certains d'entre eux ont échappé de justesse à
leur exécution après avoir passé des années
sous le coup d'une condamnation à mort. Ces erreurs judiciaires
répétées avaient notamment pour origine des
irrégularités commises par des représentants
du ministère public ou des policiers; le recours à
des témoignages, éléments matériels
ou aveux sujets à caution, ou le manque de compétence
des avocats de la défense. D'autres prisonniers ont été
envoyés à la mort alors que subsistaient de sérieux
doutes sur leur culpabilité.
En janvier 2000, George Ryan, alors gouverneur de l'Illinois, a
instauré un moratoire sur les exécutions, après
qu'un condamné à mort victime d'une erreur judiciaire
eut été disculpé. C'était la 13e fois
depuis le rétablissement de la peine capitale aux États-Unis
en 1977 qu'un condamné à mort était innocenté
dans cet État. Au cours de la même période,
12 autres prisonniers avaient été exécutés
dans l'Illinois.
En janvier 2003, le gouverneur Ryan a gracié quatre condamnés
à mort et commué les peines capitales de l'ensemble
des 167 autres condamnés à mort de l'Illinois.
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