CHINE
Un moratoire sur la peine de mort nécessaire de toute urgence
22 mars 2004 - Le gouvernement chinois applique régulièrement
de façon abusive sa législation nationale et fait
fi des normes internationales en exécutant chaque année
des milliers de personnes. C’est ce que dénonce un
rapport d’Amnesty International, paru une semaine après
qu’un haut responsable législatif chinois ait laissé
entendre que la Chine exécute 10 000 personnes chaque année.
« En dépit de certains développements positifs
au niveau du Code de procédure criminelle, dans la pratique
le système judiciaire chinois n’est en mesure d’accorder
ni procès équitables, ni impartialité, ni justice.
Il est inacceptable que des milliers de gens soient exécutés
en raison d’un disfonctionnement du système judiciaire
», a déclaré l’organisation.
Amnesty estime que le potentiel d’erreurs judiciaires révélé
par le rapport nécessite la mise en place d’un moratoire
de toute urgence. Le rapport démontre en effet les lacunes
du système judiciaire chinois au travers d’exemples
étudiés par Amnesty International et de cas relatés
dans les médias officiels chinois.
Ainsi, Chen Guoqing et trois co-accusés inculpés pour
meurtre en 1996, jugés et condamnés à mort
à quatre reprises. Ils ont fait appel trois fois avec succès,
la Cour d’appel reconnaissant qu’il existait peu d’éléments
de preuve valables établissant un lien entre eux et le crime
commis. Leurs alibis étaient fiables, leur inculpation était
largement fondée sur des aveux extorqués sous la torture.
Ils sont toujours en prison dans l’attente du verdict définitif.
Zhao Fenrong, accusée de meurtre en 1998 et condamnée
à mort lors d’un premier procès et à
deux reprises ensuite, également à partir d’éléments
de preuve succincts ou inventés et à partir d’aveux
extorqués sous la torture. Elle est actuellement en prison,
la peine capitale prononcée contre elle a été
suspendue dans l’attente d’un éventuel appel.
Tenzin Deleg Rinpoche, moine bouddhiste tibétain, condamné
à mort avec sursis à l’issue d’un procès
manifestement inéquitable et d’une procédure
d’appel sommaire ; son co-inculpé, Lobsang Dhundup
a été exécuté le jour même du
verdict.
Gong Shengliang, pasteur chrétien jugé lors d’un
procès manifestement inéquitable et condamné
à mort, a vu sa peine commuée en prison à vie
après avoir fait appel. Il est toujours en prison et l’on
a des inquiétudes sérieuses concernant son état
de santé, certaines allégations faisant état
de passages à tabac répétés.
« La Chine doit appliquer les traités internationaux
auxquels elle est déjà partie – par exemple
la Convention contre la Torture – et doit faire tout ce qui
est en son pouvoir pour ratifier et mettre en application de toute
urgence le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
(PIDCP) », a déclaré Amnesty International.
Complément d’information
La Chine applique la peine de mort aux crimes « les plus graves
», dont font partie, selon le droit chinois, la corruption
et un certain nombre d’autres infractions excluant l’usage
de la violence, en dépit des normes internationales qui stipulent
que la peine capitale devrait être « une mesure tout
à fait exceptionnelle ».
Une personne détenue parce qu’elle est soupçonnée
d’avoir commis un crime passible de la peine de mort ne dispose
pas du droit absolu à consulter immédiatement un avocat
– ce n’est généralement qu’après
avoir été interrogée par la police qu’une
personne peut faire appel à un avocat. Même ainsi,
ce droit est souvent refusé ou mal appliqué dans la
pratique. Toutefois, c’est souvent au cours de leur premier
interrogatoire que des personnes sont torturées et contraintes
« d’avouer » les crimes faisant l’objet
d’enquêtes. Leurs « aveux » sont ensuite
utilisés comme éléments de preuve contre elles,
pour les condamner à mort.
De plus, contrairement aux normes internationales, la présomption
d’innocence n’existe pas en Chine. La politique peut
influer sur le judiciaire à tout moment de la procédure.
Les campagnes notoirement connues, intitulées «
Frapper fort », font peser une pression politique extrême
sur les tribunaux qui prononcent alors des sentences hâtives
de plus en plus nombreuses et de plus en plus lourdes.
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